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08.05.2008

Economie & Prospective / Horizon 2020

Economie et Prospective 2020
Source : © jdpro.net : Le Journal des Professionnels

La nouvelle économie se caractérise par un phénomène beaucoup plus profond que la net économie (commerce électronique, Internet, première génération de start up). Cette dernière ne représente en fait que la partie émergée de l’iceberg. L’importance du mouvement de mutation affectant l’économie mondiale, elle-même largement façonnée durant toute l’ère industrielle, repose sur un nouveau triptyque dans la relation Offre/Demande.
Le rapport bipolaire traditionnel fondé sur la dominance du lien Marché/Etat s’enrichit de la présence exigeante d’un troisième acteur instable, très longtemps asservi aux intérêts dominants des entreprises et des gouvernants ; le citoyen. Celui-ci est devenu en quelques décennies à la fois le consommateur exigeant au sein du marché en activant la concurrence et les stratégies d’agilité des entreprises, le contribuable électeur décisif vis à vis des gouvernants et des représentations locales et un acteur sociétal mature (salarié, internaute, épargnant, actionnaire, bénévole, touriste…) largement surinformé, cultivé, formé et disposant d’un pouvoir d’achat, dont l’association dans l’action peut dorénavant faire et défaire toute organisation en place. De ce fait, l’économie tend tout naturellement à se complexifier en intégrant des paramètres incidents considérés hier comme secondaires.
Dans le nouveau modèle économique non homogène qui se prépare, il ne s’agit plus seulement d’évoquer l’impact décisif des nouvelles technologies de l’information mais de considérer également l’intrusion majeure de la dimension citoyenne, l’omniprésence de l’écologie en terme de développement durable, la nouvelle donne démographique, la nécessité de l’éthique dans les affaires et l’ouverture vers une économie solidaire de 3e type au sein des micro sociétés.
En cela, le XXIe siècle se dirige tout droit vers une nouvelle économie “multiplex”, associant et combinant dans une même architecture en réseau des intérêts divergents. Cette évolution rend obsolète le vieux débat idéologique entre capitalisme et socialisme d’Etat, tout en privilégiant un libre-échangisme tempéré non homogène, c’est à dire différent et variable selon les contextes culturels et géopolitiques.
Il est clair que la mondialisation de l’économie ne pourra jamais être unitaire malgré la pression des multinationales, la volonté des Etats et/ou les incantations hostiles des ONG. Tant que le citoyen informé peut affirmer librement ses choix, les schémas traditionnels sont voués à devenir instables et condamnés à évoluer dans le sens tracé par l’histoire moderne.

MAL VISION ECONOMIQUE

UN ENSEIGNEMENT ECONOMIQUE TENDANCIEUX
S’il est vrai que l’économie est souvent aveugle des conséquences qu’elle engendre (sociales, environnementales, politiques…), son enseignement et sa propagation culturelle souffre également d’une large myopie, si ce n’est d’une vision largement orientée. C’est d’ailleurs le point d’entrée de sa problématique générale par un entendement faussé et/ou partisan.

Depuis plusieurs années l’enseignement économique initial aux lycéens et aux étudiants provoque une polémique sévère entre les acteurs du milieu économique (chefs d’entreprise, experts, représentations patronales...) et de l’autre côté, les enseignants et grands éditeurs de manuels scolaires (Bordas, Bréal, Hachette, Hatier, Nathan …). Les premiers reprochent aux seconds de promouvoir une forme de diabolisation de l’entreprise, une vision unilatérale de la mondialisation, une confrontation entre un capitalisme et une lutte des classes d’un autre âge ou encore, de faire la part belle à un simplisme et un manichéisme primaire face à la complexité des mécanismes commerciaux, économiques et financiers.

Par exemple, la mondialisation est systématiquement illustrée par des photos de pays en voie de développement exploités, assaillis et acculturés par des multinationales comme MacDo, Coca Cola ou Disney. De la même manière, les sources presse françaises utilisées dans la plupart des manuels sont majoritairement de gauche (Le Monde, Alternatives économiques…) alors que les références à la presse libérale et financière de droite demeurent quasi absentes (The Economist, Business Week, La Tribune…).

UNE VISION BIAISEE
En dehors de cette vision économique “gauchisée” et véhiculée par des données jugées dépassées, la racine du problème est que ce qui est écrit dans les manuels n’est pas forcément faux, mais que l’omission volontaire d’une partie des faits participe à une orientation délibérée de la pensée économique et sociale auprès des jeunes, des actifs et des électeurs. Est-il objectif de réduire la pensée économique et sociale uniquement à des économistes comme Keynes, qui demeure pour Hatier l’unique référence en matière de rôle régulateur de l’Etat, ou en se basant sur les seules thèses de l’école des Annales de Fernand Braudel ou les travaux de Pierre Bourdieu, alors qu’il existe des dizaines de courants de pensée économique bien plus féconds ?

Malgré l’évidence du parti pris antilibéral manifesté par de nombreux professeurs en économie, il semble toutefois que “les mentalités commencent à évoluer et que les nouvelles générations d’enseignants font un réel effort de pluralité dans leurs ressources documentaires” selon l’avis récent d’un inspecteur pédagogique.

Pour Alessandro Citanna, professeur d’économie titulaire à HEC, “l’économie telle qu’elle est enseignée aujourd’hui se fonde sur des jugements de valeur. On a l’impression qu’on ne donne pas les outils pour que les élèves se fassent leur propre jugement. L’économie est une discipline scientifique, sans aucun jugement de valeur. En France, elle est souvent considérée comme de gauche, et la gestion, comme de droite. Mais ce qui est inquiétant, ce n’est pas que les élèves aient des préjugés sur l’économie, l’entreprise ou les marchés, mais que leurs professeurs en aient !”

L’EVIDENCE D’UNE EVOLUTION ECONOMIQUE ET SOCIALE
En France, le rapport idéologique à l’économie est également entretenu par la plupart des médias d’actualité qui jouent volontiers de l’opposition entre les cas extrêmes de paupérisme ou de misère dans le monde et l’opulence, la richesse et/ou la réussite de certains, alors que la collectivité nationale tend majoritairement à se recomposer sous forme d’une classe moyenne.

Malgré l’évidence du différentiel énorme à combler dans les rapports Nord/Sud comme entre la situation du Sdf, du rmiste ou du retraité disposant du minimum vital face au PDG multimillionnaire, le monde des hyperpauvres, des intouchables et des déshérités de Zola n’existe plus. Si les conditions de vie peuvent apparaître largement différentes entre les nantis et les plus défavorisés, notamment en terme de pouvoir d’achat et de consommation, les progrès sociaux font que la très grande majorité des individus habitant dans les pays développés peut aujourd’hui bénéficier de droits et d’assistances vitales. Une évidence qui est loin d’être équivalente dans les pays du Tiers-Monde où les traditions culturelles et religieuses forment des freins puissants à l’évolution de mœurs sociales et économiques.
Pourtant, partout ou existe une pénétration de l’économie de marché, évoluent les conditions de vie.

L’APPORT DECISIF DE L’ECONOMIE DE MARCHE
Sachant que les différentiels sociaux sont inévitables au sein de toute société d’hommes, la donne imposée par les nouvelles technologies de l’information (Internet, Web, téléphonie mobile…), la pénétration des technologies des biens d’équipements (automobile, radios, TV…) et les biotechnologies (médicaments, aliments, produits de soin et d’hygiène…) contribue à modifier en permanence et en profondeur le contour des 3 grandes sphères traditionnelles de l’espace public : Etat (Administrations, Pouvoir Public) ; Marché (entreprises, Offre/Demande, finance) et société civile (consommateurs, contribuables, citoyens, médias…).

Cette superposition croisée accélère inévitablement la maturité des besoins dominants de chaque humain : envie de renouveler, d’enrichir, d’augmenter le niveau de satisfaction des besoins élémentaires, comme de diversifier dans la nuance les multiples attentes intimes. Elle favorise parallèlement l’expression affirmée des individus (rôle, statut, identification, opinion, choix) conduisant à l’extension et à la qualification de la Demande humaine face à l’Offre proposée, ainsi qu’à l’engagement actif (travail, formation, compétence, nouvelles expériences, activités diverses…) afin de pouvoir y accéder et d’en disposer dans la permanence.

Cette élévation du niveau d’exigence, à la fois humain et sociétal, est fondamentalement corrélative du progrès technologique et de son accès par les retours positifs d’activité (travail, épargne, patrimoine, santé…) inhérents à l’économie de marché. En cela, l’économie de marché est devenue depuis les années 70, le facteur décisif de l’évolution entière de l’humanité en stimulant ses fondamentaux de bien être, bien plus que la conjugaison traditionnelle des voies culturelles, religieuses, idéologiques et d’administration politique.

Parallèlement, la vitalité de l’économie de marché contribue à tisser des liens de plus en plus étroits entre l’Etat, les acteurs économiques et la société civile qui rendent floues les limites conventionnelles de chacune de ces 3 sphères.

BOULEVERSEMENTS ET REVENDICATIONS
Cette époque sans précédent dans l’histoire de l’humanité provoque une série de bouleversements gigantesques de nature géopolitique, macroéconomique, microéconomique, transactionnelle, culturelle et sociologique. Il est normal que la vitesse de propagation de l’économie de marché induise des formes de réactivité en chaîne plus ou moins vives et ciblées en provenance de minorités agissantes comme les conservateurs, les défavorisés ou les déçus du système. L’arsenal revendicatif s’étage alors entre l’écologie, le politique, l’idéologie économique et le culturel dans le cadre de mobilisations de rue et de contestations d’ONG sur des thèmes récurrents comme : l’anti mondialisation (syndrome Bové) ; le rejet des fonds de pension (hedge fonds), la critique du capitalisme à l’américaine ; les positions d’antilibéralisme primaire affectant le refus des réformes de modernisation des services de l’Etat par la réduction de ses effectifs ou encore, la résistance en faveur d’un élargissement des conditions horaires de travail, etc.

Dans le même temps, la plus grande transparence (ou moins grande opacité) inhérente à l’ère numérique révèle de nombreuses faiblesses structurelles au sein de l’Etat-nation. Le citoyen découvre ainsi la préexistence de féodalités et d’anachronismes au sein des services de l’Etat, l’importance des rigidités psychologiques et administratives au cœur même d’un service public sensé l’aider et qui défend d’abord ses propres prérogatives, mais aussi la réalité de malversations politiques et financières réalisées avec son argent de contribuable et bien pire encore !
Cette prise de conscience de masse à grande échelle favorise dès lors un ensemble de comportements plus ou moins hostiles et critiques traduisant l’immense fragilité et brillante médiocrité de cette période de transition, entre un ancien ordre connu et un nouvel ordre sociétal à venir.

ESPACE PUBLIC

LA MUTATION DE L’ÉTAT EXPOSÉ À L’ÈRE NUMÉRIQUE
Si depuis près de 40 ans, la mort de l’Etat-Nation est systématiquement évoquée face à l’inéluctabilité de la globalisation de l’économie mondiale, celui-ci montre à l’évidence une étonnante résistance. Il est vrai que le pouvoir des dogmes traditionnels et le conformisme de certains ont longtemps ralenti cette progression. Pourtant, il est clair que de nombreux changements sont inéluctables et prévisibles par le fait du basculement opéré sur les fondamentaux économiques traditionnels.

Il est incontestable que l’intégration mondiale des marchés poussée par les nouvelles technologies amplifie considérablement l’influence des forces marchandes sur les gouvernements nationaux. De la même manière, la croissance des moyens d’information de masse, le développement des nouvelles technologies (Internet, Web, téléphonie mobile…) contribue à ouvrir davantage les opérations de l’Etat comme celles menées par les grands opérateurs du marché, au regard et au droit d’inquisition des citoyens tout en conférant davantage de poids à l’opinion du public.
De nouvelles voies d’interactions commencent à émerger en dessinant la perspective d’une participation en temps réel du citoyen dans les processus administratifs, démocratiques et gestionnaires. De ce fait la forme actuelle de l’Etat à l’instar de celle de l’entreprise est amenée à évoluer vers plus de simplicité, d’efficacité et de démocratie réelle. Elle s’oriente peu à peu vers des interactions, non plus de masse, mais personnalisées entre les citoyens et leurs représentants politiques.

VERS UN CHANGEMENT DE MODE DE GOUVERNANCE
Dans les prochaines années, la primauté de l’économie associée à l’ère numérique va modifier en profondeur la culture d’Etat et ses principes de gouvernance. Les modèles nationaux et monoculturels vont progressivement s’ouvrir sur de nouveaux modes de fonctionnement, de communication avec le public et d’organisation des compétences, en créant de nouvelles formes de valeur ajoutée.

De centralisés, d’élitistes et d’impersonnels, les Etats modernes sont obligés d’évoluer vers un modèle de gouvernance centré sur une plus large implication de la société civile comme sur la revitalisation des collectivités locales et territoriales.
Au-delà des habituelles nationalisations, sourcing et dévolutions couramment pratiquées, un nouveau faisceau de caractéristiques de gouvernance va poindre progressivement.

Face à l’inéluctabilité de la mondialisation, la gouvernance publique va devoir faire preuve d’une forte capacité d’imagination en proposant des solutions efficaces adaptées à l’évolution de plus en plus complexe des rapports sociétaux.

Au risque d’accuser un retard préjudiciable pour les générations à venir, plusieurs évidences s’imposent à moyen terme :
• Le décloisonnement des diverses branches de l’Administration grâce à l’interconnexion des nouvelles technologies.
• L’apparition de nouveaux réseaux d’échanges entre l’Administration, la société civile et le marché en vue de créer ensemble de la valeur ajoutée bénéfique pour tous.
• Le redéploiement des services publics et la nature même de leur offre par la prise en compte des attentes réelles des usagers, en passant d’une démocratie “de diffusion de masse” à un modèle plus immédiat et personnalisé.
• Le recentrage de l’Administration sur les citoyens en leur offrant de nouveaux rôles comme en valorisant leur participation.
• La réintégration du citoyen dans l’important processus de la gouvernance par un meilleur partage du pouvoir, la participation directe à la décision et à la responsabilisation.
• La professionnalisation des agents de l’Etat dans l’esprit du marché, en cherchant à pratiquer une meilleure rationalisation dans les prestations de services.
• L’actualisation des structures historiques et politiques de l’Administration assortie de la nécessité d’une modification constitutionnelle.
• L’écartement des périls liés aux technologies intrusives dans la vie privée des citoyens.
• La réduction de l’écart entre les nantis et les défavorisés notamment en matière d’accès à la société numérique comme aux soins de santé.

4 GRANDS DEFIS D’ETAT A RELEVER
Dans toute société ouverte à l’information et à l’échange, les grandes mutations du monde obligent à une révision de la hiérarchie traditionnelle de l’Etat sur la société civile et sur les marchés. De ce fait, les monopoles traditionnels de l’Administration sont soumis à une forte remise en question (lever l’impôt, élaboration des politiques, maîtrise de l’information et de l’enseignement, accès aux outils de communication, médiatisation). Dans la plupart de ces domaines longtemps exercés avec un pouvoir quasiment sans partage, le visa préalable de l’Administration va devenir de moins en moins nécessaire.

Aussi à moyen terme, 4 grands défis doivent être obligatoirement relevés pour espérer moderniser les modes de gouvernance :

1. Améliorer la performance administrative
Les contribuables et les usagers sont de plus en plus conscients que de nombreuses administrations sont terriblement arriérées en matière de commodité, d’accès, de relationnel et d’efficacité. Ils exigent que le service public ne soit pas seulement meilleur, mais qu’il soit amélioré tant en souplesse qu’en efficience, avec parallèlement la réduction de la pression fiscale et la baisse des coûts de fonctionnement. La majorité des citoyens souhaite clairement que l’Etat se recentre uniquement sur des missions essentielles et régaliennes telles que la Justice, la sécurité, la Défense nationale, la diplomatie ou encore les grandes infrastructures et délègue l’ensemble des autres administrations (enseignement, transport, commerce, fiscalité, tourisme, agriculture, etc.) à des institutions spécialisées ou territoriales qui devront fonctionner dans l’esprit des entreprises les plus performantes, en se dotant de services rapides, complets avec des coûts relativement bas.

2. Maîtriser la performance budgétaire
Alors que les monopoles traditionnels de l’Administration sont continuellement remis en question par les mutations du monde, les Etats et leurs institutions publiques subissent des pressions constantes de la part de leurs partenaires (Communauté européenne, OMC, OCDE, Banque centrale…) afin de réduire leurs coûts de fonctionnement, mieux maîtriser leurs déficits et limiter la charge de leurs dettes. La principale voie concerne par conséquent la réduction drastique du poids des dépenses de l’Etat par l’allégement conséquent du nombre de ses fonctionnaires, la rationalisation extrême (écrémage) de ses innombrables services et structures, ainsi que la réduction de ses dépenses de prestige.

3. Favoriser l’informatisation des citoyens
La pénétration des technologies numériques s’accroît chaque jour dans la vie privée, professionnelle et publique. Alors que la bande passante s’élargit constamment et que les nouvelles technologies contribuent à créer de nouveaux réseaux, il devient de plus en plus difficile pour les Etats de s’adapter avec agilité aux nouveaux modes d’activité, comme de disposer des ressources nécessaires pour acquérir et mettre en œuvre des technologies complexes et puissantes. Pourtant à mesure que les consommateurs informatisés découvrent le monde de possibilités qu’offrent les réseaux interconnectés, de nouvelles attentes apparaissent.

Il ne s’agit plus seulement de produire des sites experts de communication et d’informations mais d’intégrer un caractère interactif, immédiat, facile d’accès, convivial et participatif. L’exigence de performance pour le citoyen internaute ne se réduit plus seulement à la qualité et à la quantité accessible de l’information dans un usage de masse, mais également et surtout à la personnalisation rapide des réponses apportées.

4. Participer à la concurrence mondiale des Etats
La mondialisation se fait sentir à tous les niveaux locaux, régionaux, nationaux et communautaires. Elle correspond aujourd’hui à l’échelle transnationale au besoin de cohérence et de nécessité imposé hier au niveau national par l’éclatement inutile, conflictuel et coûteux des tutelles territoriales (tribu, clan, seigneurie, notion de “pays”, etc…). La logique initialisée à la fin du XXe siècle est identique et s’inspire du même mécanisme sociétal fusionnel par l’unification des ressources et le métaculturel en tendant dorénavant vers des instances supranationales, une monnaie mondiale unique et des règles internationales communes…

Dans ce lent processus où s’expriment fortement tous les corporatismes, conservatismes et nationalismes désuets, les Etats sont directement soumis à une concurrence comparative en matière d’attrait pour l’investissement industriel et financier, le potentiel business, l’intérêt fiscal, l’aspect plus ou moins coercitif des lois et réglementations, etc.

Mieux encore, l’accès à un potentiel illimité d’informations permet aux citoyens comme aux agents économiques de comparer l’efficacité de leur pays et/ou des principaux acteurs nationaux par rapport à n’importe quel autre pays dans le plus large spectre de critères. A la marge, l’ouverture sur le monde oblige intimement le citoyen à s’adapter et à intégrer de nouvelles valeurs transculturelles, et non plus à se replier sur d’anciennes valeurs, mêmes viables à petite échelle.

LES PRINCIPALES TRANSFORMATIONS LIEES AU PASSAGE A L’ERE NUMERIQUE

1. Caractéristiques prédominantes durant l’ère industrielle :
Etat : National, monoculturel
Economie : Offre dominante
Démocratie : Représentative
Politique : Diffusion de masse polarisée
Citoyen : Consommateur passif

2. Nouvelles caractéristiques propres à l’ère numérique :
Etat : Global, local, virtuel, multiculturel
Economie : Adéquation Offre/Demande
Démocratie : Participative
Politique : Individualisée
Citoyen : Partenaire actif

Source : Problèmes économiques,
Don Tapscott, David Agnew

MARCHES

PLUSIEURS CLES D’ACCES
La vitesse de propagation des technologies des réseaux interconnectés, pointe avancée de l’économie de marché, conduit tout droit à des changements importants dans la dimension économique, marchande et non marchande. L’accès aux marchés suppose dorénavant une culture d’entreprise ouverte sur l’information. La compétitivité impose la diffusion d’un maximum d’informations en ligne, ou autrement, qui soit accessible aux clients, aux partenaires, aux fournisseurs et aux collaborateurs en temps réel. La clarté des positions remplace la suspicion et le jeu trouble, comme la lumière remplace l’obscurité et ses ombres chinoises. Parallèlement, la notion de communauté s’impose dans les stratégies commerciales en réunissant en réseau l’ensemble des acteurs directs du marché. L’entreprise n’est plus seule et isolée mais intègre une communauté virtuelle propre à assurer sa protection.

Au-delà de la nécessité du réseau qui permet de produire de la valeur dans l’union des ressources et des compétences comme dans l’échange, la communication et l’amélioration des connaissances, la notion de partenariat s’avère être également le ciment indissociable dans l’édification de relations pérennes. Il n’en demeure pas moins que la réalisation du véritable partenariat s’avère toujours aussi difficile à atteindre, tant que les objectifs des organisations et des agents économiques butent sur des hiérarchisations, des cultures ou des visions différentes du monde et des affaires.

QU’EST CE QUE LA RAISON D’ETRE DE L’ENTREPRISE ?
Le reformatage forcé de l’ère industrielle, mais non pas sa disparition, est inévitablement programmé. Il oblige les tenants de l’économie traditionnelle à se réorganiser face au risque majeur de perdre définitivement des parts marchés et/ou d’être laissés sur place par des entreprises plus agiles.

Déjà en 1937, l’économiste Ronald Coase, se posait une question simple sur la raison d’être de l’entreprise : “Dans le monde rationnel qui est celui de la théorie économique classique, pourquoi les travailleurs, les fournisseurs et les clients ne feraient-ils pas le tour du marché chaque matin pour négocier aux meilleures conditions ? Pourquoi conserver des infrastructures énormes et des installations fixes, alors que dans un monde parfait, celui issu de la théorie, les prix seraient forcément dictés par les lois de l’offre et de la demande, et que nous pourrions, dès le petit déjeuner, voir le monde aller comme il doit ?”

La réponse apportée par Coase relevait alors du simple bon sens en constatant d’une part, que l’économie est bien trop complexe (par le nombre des agents impliqués, par les fortes distinctions entre opérateurs, par la nature des objectifs et par l’importance des moyens investis ou utilisés) et que d’autre part, renégocier continuellement tous ces arrangements coûterait bien trop cher en temps comme en argent pour que l’on travaille autrement que dans une structure fortement organisée et semi-permanente : l’entreprise !

4 NOUVEAUX AXES STRATEGIQUES
Cette vision économique fortement décalée durant toute l’ère industrielle reprend aujourd’hui de l’actualité. La disparition programmée des obstacles structurels, physiques et intellectuels conduit vers des types d’arrangements plus fluides, facilités par des communications en réseau bénéficiant de coûts de transaction proches du zéro.

Si le commerce électronique et la première génération d’Internet ne représentent que la partie émergée de l’iceberg, la nouvelle économie se caractérise dans son ensemble par un phénomène bien plus profond qui est celui de la refonte des règles de l’activité économique toute entière. Déjà plusieurs tendances lourdes sont apparues ces dernières années expliquant à la fois les courbures d’évolution en matière de gouvernance, la nécessité de clarifier les stratégies agiles d’entreprise et l’importance accordée aux pratiques de management.

4 axes de réflexion et d’action s’imposent à toutes les entreprises dynamiques désireuses de s’imposer sur leur marché :

1. La transformation massive des organisations
L’arrivée rapide et enveloppante de la nouvelle économie a pour premier effet d’obliger les entreprises exerçant une activité dans un cadre de compétitivité et de concurrence accrue (hormis les commerces locaux, l’artisanat et les professions libérales) à réviser continuellement leurs structures, leurs modes de fonctionnement et leurs stratégies commerciales.

2. La prise de pouvoir des consommateurs
Avec une information plus vaste, précise, comparative et facilement accessible, le marché de la demande (consommateurs, utilisateurs) est devenu davantage averti et exigeant. La tendance est à l’amplification sans fin des requêtes de personnalisation de l’offre, du sur-mesure et de la disponibilité immédiate.

3. La rapidité des prises de décision
Plus que jamais, l’avantage compétitif repose sur l’agilité et la souplesse. La bureaucratie, la gestion monolithique et dirigiste, les prises de décision rigides, la lenteur d’exécution sont condamnées à disparaître dans une course au temps nécessitant vélocité, endurance, qualité, maîtrise et prise de risque dans le passage à l’acte.

4. L’actif clé de la connaissance
L’abondance d’informations et de moyens de communication augmente proportionnellement les attentes des individus, lesquels pour suivre le rythme ont besoin d’accéder à des connaissances de plus en plus expertes dans le plus large spectre professionnel. L’objectif n’est plus à la cueillette d’informations et au stockage de savoirs dans des cerveaux bien payés, mais à leur utilisation optimale en vue de favoriser la créativité, l’innovation, la rupture, l’apport de solutions face à des situations de plus en plus complexes.

LA 5e NOUVELLE ECONOMIE

UNE PHASE DE CROISSANCE BENEFIQUE JUSQU’EN 2020
L’économiste américain Roger Cass surnommé “le dernier optimiste” est parvenu à la conclusion que l’histoire du monde est rythmé par des phases de croissance d’environ un quart de siècle provoquées par un saut technologique puis entrecoupées de périodes de marasme plus ou moins longues. Cette position s’accorde avec la théorie des cycles longs parue dans les années 30 dont l’auteur, Nikolaï Dimitrievitch Kondratiev, a été liquidé par la police politique de Staline en 1938.
Selon Cass, l’humanité est entrée, depuis 1994, dans une ère bénéfique qui pourrait durer jusqu’en 2020. Il s’agirait de la 5e “nouvelle économie” depuis 1789.

• 1789-1815
Le début de l’industrialisation coïncide avec l’introduction des métiers à tisser Jacquard et les nouvelles valeurs de liberté de la Révolution française. Cette première ère de prospérité cessera avec Waterloo.
• 1848-1873
Après 33 ans de marasme, l’ouverture des premières lignes de voies ferrées donne un coup de fouet à l’économie. La déroute financière des compagnies ferroviaires mettra fin à cette embellie.
• 1897-1921
C’est la “Belle Epoque” de l’économie, malgré le fait que l’Europe se déchire sur les champs de bataille. Les débuts de l’aviation et de l’industrie automobile vont générer une ère de croissance qui s’arrêtera en 1921.

• 1948-1974
Les fameuses “Trente Glorieuses” sont animées d’une formidable volonté de reconstruction, d’un boom démographique sans précédent et de l’arrivée des premiers ordinateurs. La première crise pétrolière de 1973 puis la seconde en 1974 ralentira cette progression tout azimut.
• 1994-2020
La révolution Internet introduit l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la communication en bousculant les organisations traditionnelles. Malgré certaines vagues hostiles, l’onde de choc n’est pas près de s’arrêter en affectant le cœur même des organisations sociétales et le fonctionnement des marchés.

DATES A L’ORIGINE DES PRINCIPALES REVOLUTIONS ECONOMIQUES

Si les grandes inventions de base ont toujours précédé de plusieurs siècles ou de plusieurs années seulement leur développement de masse, elles sont à l’origine de toutes les grandes révolutions économiques favorables à l’humanité.

• -3000 ans : L’écriture cunéiforme inventée à Sumer (Irak) permet de raconter des histoires, mais aussi de fixer des lois, de compter et de transmettre de façon sûre des ordres. A partir de cette date, les royaumes peuvent s’organiser.
• 1438 : L’imprimerie vulgarise et unifie les idées, les informations, les connaissances.
• 1680 : L’énergie à vapeur ouvre véritablement l’accès à la révolution industrielle en permettant aux usines de devenir indépendantes des énergies naturelles.
• 1825 : Le train ouvre sa première liaison commerciale et permet pour la première fois de transporter sur la terre ferme des quantités massives de matières premières.
• 1876 : Le téléphone permet la conversation à distance en offrant une liaison rapide entre des individus séparés géographiquement.
• 1878 : L’électricité peut faire fonctionner une ampoule à incandescence permettant ainsi aux hommes de travailler la nuit et aux villes de croître en hauteur (ascenseurs).
• Début XXe siècle : L’automobile devient un objet industriel produit en masse. La ville peut s’étendre dans l’espace permettant l’essor des banlieues américaines.
• 1946 : L’ordinateur permet de traiter des milliards d’opérations à très grande vitesse. C’est à partir de 1973 que le micro-ordinateur se banalise.
• 1994 : Emergence grand public de l’Internet. L’information est accessible en temps réel et n’a plus aucune frontière physique, ni filtre ni censure.

L’HOMME AU CENTRE DE LA NOUVELLE ECONOMIE
Si le XIXe siècle a été celui de la production de masse, le XXe siècle celui de la consommation de masse, le XXIe siècle sera celui de la production de masse sur mesure (mass customization, one to one). C’est du moins la vision assez linéaire des économistes et des spécialistes du marketing. Pourtant en sortant de ce déterminisme économique basique, il est clair que la 5e “nouvelle économie” suppose d’intégrer pour la première fois dans l’histoire récente 2 autres facteurs clés : le social et l’écologie. D’après Dominique Bourg, de l’université technologique de Troyes et le sociologue Jean-Louis Schlegel “jusqu’à présent, les progrès technologiques étaient pour l’essentiel extérieurs à l’homme ; ils touchent désormais son identité, ses ressorts intérieurs et intimes”. Il semble ainsi évident pour ces 2 chercheurs que les blessures infligées à la planète par les folies industrielles du XXe siècle ressemblent à des piqûres de moustiques, en comparaison des risques énormes que cette évolution devrait faire peser sur l’humanité au XXIe siècle.

L’ECONOMIE ECOLOGIQUE
Pour le futurologue Thierry Gaudin, président de perspective 2100, “l’enjeu des prochaines décennies sera de parvenir à bâtir un système économique respectueux de l’environnement et qui préserve nos ressources naturelles”. La notion de développement durable est par conséquent au cœur des enjeux économiques, même si comme l’affirme Hugues de Jouvenel, directeur de la revue Futuribles, “nous avons beaucoup progressé en moyens de destruction, mais pas tant que cela en sagesse humaine”.

En devenant globales et débridées, les strictes lois du marché régissant actuellement l’économie planétaire ne peuvent absolument pas devenir une panacée sociale. Pire encore, sans éthique ni système de régulation des ressources environnementales, elles ne peuvent que creuser les inégalités entre les pays riches et pauvres.

C’est également l’avis de Lester Brown, écologiste américain reconnu, qui souligne que “l’écologie sauvera l’économie” à condition qu’on “ne laisse pas le monde à la merci des industriels et des multinationales prêts à tout pour augmenter leurs profits”. D’après lui, la principale problématique qui se pose dorénavant est d’une part l’accession d’une grande partie de l’humanité aux produits de consommation, ce qui suppose de produire toujours plus de richesses, tout en subissant l’altération régulière des ressources de l’éco-système planétaire. La confrontation entre les enjeux économiques et les enjeux écologiques nécessitent d’imposer de nouvelles règles.

L’ECONOMIE, UN “SOUS-SYSTEME” PLANETAIRE
Pour ce fondateur et président du Worldwatch Institute, un institut de recherche indépendant et multidisciplinaire d’écologie scientifique rassemblant à Washington des chercheurs de haut niveau, “les économistes ne prennent jamais en compte dans leurs indicateurs ni dans leurs théories la fonte des glaces ou la disparition des morues de Terre-Neuve”. Or, “Il est évident que l’activité économique désorganise et détruit la nature : l’érosion croissante des sols, la disparition des forêts, l’expansion des déserts, les niveaux toujours plus élevés de gaz carbonique, la diminution des nappes aquifères, l’élévation de la température globale… démontrent que l’activité humaine perturbe gravement le fonctionnement de l’écosystème global dont elle dépend”.

Sa réflexion écologique est même poussée beaucoup plus loin en considérant que “tout comme les managers, les dirigeants politiques considèrent que l’économie est au centre du monde et que les problèmes d’environnement n’en sont qu’une sous-section périphérique”. En réalité, il est clair que “l’incompatibilité actuelle entre le fonctionnement d’un sous-système –l’économie- et celui du système principal –la planète- ne met pas seulement en danger la préservation des paysages ou la pureté de l’air. Mais que si nous continuons dans la voie actuelle, elle finira par menacer gravement la croissance et par rendre inévitable le déclin économique.”

4 AXES POUR L’ECO-ECONOMIE
La lucidité et la clarté de pensée de cette écologiste montre tout le décalage entre la perception du monde par les économistes (experts, industriels, monde des affaires) et la réalité environnementale. Il constate en effet, qu’en toute logique industrielle “si chaque foyer chinois possédait une voiture, la Chine consommerait à elle seule le volume actuel de la production mondiale de pétrole. Si la consommation de papier des Chinois atteignait celle des Américains, il faudrait doubler la production mondiale de papier, ce qui ferait disparaître le mot “forêt” du vocabulaire…”.

Pour lui, il devient par conséquent évident que le modèle économique actuel ne pourra pas procurer à toute l’humanité le standard de vie auquel elle aspire. “Nous vivons actuellement dans un monde ou 1,1 milliard d’êtres humains souffrent de la faim et où 1,1 milliard d’autres hommes sont obèses. Un des enjeux du XXIe siècle sera de mettre fin à cette situation”.

Aussi, la seule façon d’effectuer la transition vers une “économie écologique” est de miser sur le développement durable. Pour cela, Lester Brown préconise 4 grands axes pour favoriser une véritable éco-économie :

• Investir dans la recherche sur des technologies propres
• Restructurer le système des prix en taxant lourdement toutes les activités économiques qui détruisent l’environnement. D’après ses analyses, la vérité du marché serait ainsi rétablie avec, par exemple, le développement assuré des énergies éoliennes et solaires dès lors qu’elles pourraient bénéficier d’une taxe prélevée directement sur les émissions polluantes du pétrole et du charbon.
• Mettre en place des réglementations plus sévères sur des sujets tels que le recyclage des déchets et les quotas de pêche.
• Aider l’opinion publique, via les médias, à prendre conscience des potentialités liées aux pratiques de la nouvelle éco-économie.

DEMOGRAPHIE

LE DECLIN DEMOGRAPHIQUE
Il n’est pas de perpectives économiques cohérentes sans prendre en considération l’aspect démographique et notamment le vieillissement des populations. Celui-ci est en passe de devenir un problème économique majeur pour les prochaines décennies, ainsi qu’un enjeu politique de tout premier ordre. Alors que l’âge médian des habitants de la planète est de 27 ans en 2002, l’espérance de vie a davantage augmenté ces 50 dernières années que durant les 5 derniers millénaires. Jusqu’à la révolution industrielle, les personnes âgées de 65 ans et plus ne représentaient guère que 2 à 3% de la population. Aujourd’hui dans le monde développé, cette proportion est désormais de 14%. En 2020, les vieux représenteront 20% de la population et en 2030, près de 25%.

Actuellement le ratio entre contribuables actifs et retraités dans le monde développé se situe aux alentours de 3 pour 1. En 2030, dans la continuité des politiques actuelles, il descendra à 1,5 pour 1, voire même à 1 pour 1 dans des pays comme l’Allemagne et l’Italie. Ce phénomène est lui même amplifié par la baisse du taux de fécondité, c’est-à-dire le nombre moyen de naissances au cours de la vie d’une femme. Depuis les années 60, la révolution des mœurs a eu pour effet de ramener le taux de fécondité planétaire de 5 enfants par femme à 2,7, soit une baisse qui rapproche dangereusement l’humanité du seuil de renouvellement des générations qui est de 2,1.

UN MONDE DE VIEUX
Pour certains économistes, demain, le monde appartiendra aux vieux dans une société globale considérée comme la plus âgée que la Terre ait jamais connue. D’ici trente ans, 1 personne sur 4 dans les pays riches sera âgée de 65 ans ou plus, contre 1 sur 7 actuellement. Le coût du vieillissement planétaire est déjà estimé en millions de milliards de dollars, faisant que de la capacité à faire face à ce problème dépendra, dans une large mesure, l’aptitude financière à gérer les autres grands défis à venir.

Il n’est pas nécessaire d’être agrégé d’économie pour comprendre que le PIB d’un pays est le produit de son travail et de ses gains de productivité. Lorsque la main-d’œuvre diminue rapidement, le PIB baisse automatiquement tant que la productivité n’augmente pas proportionnellement pour compenser la réduction des effectifs. Des projections officielles indiquent que dans 25 ans, les pays développés devront consacrer au financement des retraites une part accrue de leur PIB, soit entre 9 et 16% supplémentaires. Pourtant, les engagements non provisionnés, c’est-à-dire les droits à la retraite déjà acquis par les salariés d’aujourd’hui et pour lesquels rien n’a été fait, dépassent déjà les 35.000 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les prestations de santé, la facture atteint presque le double (64.000 milliards de dollars) !

L’IMMIGRATION EN FORCE
Parmi les grands bouleversements démographiques attendus, préexiste le fossé prévisible entre pays développés et pays en développement en terme d’offre et de demande accrue de travailleurs immigrés, jeunes de préférence. En conséquence, il apparaît inévitable que les immigrés vont tendre à apporter avec eux les pratiques familiales de leur culture d’origine, y compris le retour à des taux de fécondité plus élevés. L’immigration dans les décennies à venir au sein des sociétés les plus vieilles et les plus riches confrontées à des pénuries de main-d’œuvre est un problème prépondérant pour les gouvernants. Selon l’ONU, 18 à 19 millions de personnes immigreront en Europe entre 2000 et 2050.

Certains prévisionnistes pensent même que des guerres culturelles pourraient éclater entraînant une balkanisation des langues et des religions. D’après eux, Les électorats pourraient se diviser selon des critères religieux et des leaders immigrés pourraient influencer sur la politique étrangère de leur pays d’accueil. Ils recommandent, sous le manteau, de se méfier tout particulièrement de l’immigration musulmane dont l’entrisme dans une société donnée est assez rapide par le taux de fécondité comme par le ciment religieux directif imposé aux familles et aux jeunes.

Déjà depuis plusieurs années, les spécialistes du Pentagone s’attendent à un regain des explosions de violence régionale et s’inquiètent tout particulièrement des “poussées de jeunesse” dans les centres urbains les plus pauvres de la planète (bidonvilles), comme dans les “banlieues HLM”.

DES MESURES COURAGEUSES
Des personnalités comme Peter G. Peterson, président du Blackstone Group (banque d’investissement privée) et président de l’Institute for International Economics, proposent la mise en place d’un ensemble de mesures permettant de relever les défis économiques et politiques imposés par l’urgence démographique. Selon lui, il est temps de repenser les méthodes et de mettre en place de nouvelles institutions, comme par exemple la tenue régulière d’un sommet sur le vieillissement de la population mondiale. Il lui paraît clair que les mesures à prendre touchent des sujets très sensibles de nature à remettre en cause les contrats sociaux existants comme à décevoir des attentes culturelles, ou à battre en brèche des idéologies d’un autre âge, en imposant par exemples :

• l’allongement de la durée de la vie active.
• l’accroissement de la main-d’œuvre par l’immigration sélective
• les mesures d’incitation à la fécondité
• l’investissement accru dans la formation et la productivité des futurs actifs
• le renforcement des liens et des responsabilités intergénérationnels au sein des familles
• l’incitation, voire l’obligation faite aux actifs d’économiser pour leur propre retraite, tout en maintenant des prestations sociales pour les plus nécessiteux

LIBRE-ECHANGE

UNE EVIDENCE QUI REMONTE AU XIIIe SIECLE
L’idée du libre-échange remonte à la fin du XIIIe siècle, lorsqu’un certain Richard de Middleton (1249-1306) écrivait qu’en fait de protection et d’isolement “il valait mieux qu’un pays disposant de beaucoup de blé en mette à la disposition d’un autre qui en manquerait mais qui aurait beaucoup de vin, car la transaction est faite en accord avec la raison, le service rendu est aussi important que celui qui est reçu, et cependant la transaction est profitable, car une mesure de blé vaut beaucoup plus qu’une mesure de vin dans le pays ou le vin est abondant”.

Cette évidence économique a été notamment développée par David Ricardo (1772-1823) dans sa “Théorie de l’avantage comparatif” montrant que tout pays, “même désavantagé pour l’ensemble de ses productions, a intérêt à participer à l’échange international en se spécialisant dans la production pour laquelle son désavantage comparé est le plus faible. Il pourra ainsi obtenir plus de produits de l’étranger en échange de ses exportations, qu’il n’aurait pu en créer sur son territoire à l’aide des facteurs de production contenus dans ses exportations.”

Sa démonstration était la suivante : “même si le Portugal a besoin de moins d’heures de travail que l’Angleterre pour produire du drap, mieux vaut qu’il se spécialise dans la production de vin, car, dans ce domaine, il lui faut encore moins d’heures de travail que l’Angleterre. Et, à condition que le vin et le drap circulent librement entre les deux nations, l’humanité tout entière pourra se partager un volume plus élevé de production ou consacrer moins de travail à produire”.
Depuis, 7 générations successives d’économistes confirment que le libre-échange est forcément préférable au protectionnisme.

LIBRE ECHANGE & PROTECTIONNISME
• Le libre échange est défini comme “la situation dans laquelle il n’existe pas de barrière artificielle à l’échange des produits d’un marché national à l’autre, de telle sorte que les prix proposés sont les mêmes que ceux déterminés par le marché international (compte tenu des frais de transport et autres coûts). Ces prix reflètent les raretés relatives des biens dans le monde, et constituent les coûts d’opportunités pertinents pour les firmes et les ménages.

• La protection, a contrario, aura pour effet de créer une différence entre le prix intérieur et le coût d’opportunité (le prix international), ce qui implique nécessairement le caractère sous-optimal de toute situation de protection, sauf à introduire de nouveaux critères d’efficacité dans le choix des options de politique économique (autonomie, indépendance nationale, autosuffisance alimentaire, etc.)

LE PROTECTIONNISME DOMINANT SUR LE LIBRE-ECHANGE
Le discours économique libéral prétend que les lois du marché peuvent suffire à établir un ordre satisfaisant, voire optimal, et fonctionner au bénéfice de tous et que par conséquent, il faut sans regret voir se réduire le pouvoir régulateur des Etats, la réponse est OUI… MAIS.
Il faut d’abord considérer que le protectionnisme et l’interventionnisme des Etats ont toujours été la règle dans l’histoire économique des pays les plus développés et le libre-échange l’exception. Considérant d’autre part, que sans échange, il n’est pas de division du travail ni de spécialisation et encore moins de gains d’efficacité, le libre-échange international reste à la base de la croissance de la richesse globale de l’économie du pays. Il permet objectivement l’élargissement des marchés, l’allongement des séries produites, l’accroissement de la taille et de la productivité des unités de production et concourt directement à la diversification des biens, des services et des produits.

COMPLEMENTARITE ENTRE LIBRE-ECHANGE ET INTERVENTIONNISME
En réalité, le fond du débat économique ne porte pas sur la prédominance du tout protectionnisme contre celle du tout libre-échangisme, mais dans l’alchimie de leur complémentarité. Le secret du libre-échange est dans la précision de son dosage avec un partage judicieux entre la capacité libertaire d’initiatives économiques et commerciales dévolue aux acteurs économiques et, un contrôle interventionniste mesuré de l’Etat et/ou en provenance d’institutions transnationales représentatives.

Tant que l’économie reste sous domination financière, boursière et monétaire et que seul comptent le profit, la capitalisation et les dividendes, la plus grande erreur est de livrer l’économie de marché à elle-même. Elle risque alors de produire des bulles spéculatives qui éclatent un jour ou l’autre, des krachs économiques et des dépressions assortis d’un capitalisme sauvage, d’inégalités sociales, de déséquilibres en matière d’emplois et surtout les conditions désastreuses d’une fuite en avant dans l’hyperconcurrence.

Il convient également de constater que le principe inverse est également vrai. Aucun Etat ne peut imposer longtemps un protectionnisme (droits de douane, règlements, contingents d’importation…) et/ou des règles restrictives en matière d’échange sous principe de préserver l’emploi et/ou ses filières industrielles, car il prend alors le risque d’étouffer à moyen et long terme l’opportunité de création de richesses favorable à l’amélioration même des conditions de vie et de travail dans le pays.
L’esprit du véritable libre-échange n’est ni totalitaire, ni inféodé uniquement aux lois du marché. Il prend sa raison d’être dans toute politique sereine de croissance maîtrisée et de redistribution.

LES DERIVES DU LIBRE-ECHANGISME
Il est clair que dans un monde divisé en nations, chacune a intérêt à se spécialiser et toutes à échanger le résultat de cette spécialisation, afin de permettre l’accessibilité des biens à un moindre coût. Pourtant, il est évident que les beaux principes du libre-échange se heurtent dans la réalité à de nombreux obstacles : absence d’intérêt général mondial, défaut de solidarité internationale, primauté des rapports gagnant-perdant, redistribution inégale des gains au profit des plus forts et des plus malins, effets pervers des multinationales dans l’exploitation des ressources locales, irréversibilité de certaines choses, etc.

Sur le terrain purement économique et commercial, il est évident que la pratique du libre-échange profite largement d’une appropriation structurelle, financière et stratégique en faveur des multinationales par l’asservissement massif de la concurrence comme par la mise en coupe réglée des marchés locaux. De son côté, le pouvoir financier influence directement l’économie nationale et mondiale en prenant une position décisionnelle majeure dans l’actionnariat des grandes entreprises. Autant dire que le libre-échange reste directement associé aux profits à retirer pour les entreprises et aux taxes à percevoir pour les Etats.

De la même manière, tant que préexiste un rapport de force économique dominant exercé par les pays du Nord, ceux-ci condamnent les pays du Sud à la tutelle économique et au contrôle du cours des matières premières. La notion de libre-échange ne représente alors qu’une théorisation de façade sans fondements justes ni pérennes.

QUEL TYPE DE LIBRE-ECHANGE ?
Pour rester sain et viable en faveur de l’ensemble des opérateurs de l’espace public international, Le libre-échange doit reposer sur une organisation telle, que l’ensemble des agents économiques respecte des règles commerciales et financières communes, claires et équitables. Cela suppose l’obligation d’un recours à un contrôle transnational exercé par des institutions indépendantes dotées de moyens juridiques contraignants (droit international alternatif aux droits nationaux). Il s’agit ensuite d’éviter que chaque Etat imposent à ses propres entreprises des contraintes fiscales et sociales, telles qu’il décourage l’initiative et la prise de risque. Il s’agit enfin de promouvoir la plus grande transparence dans les transactions, ainsi que de favoriser l’accès en temps réel aux mêmes sources d’informations pour tous les acteurs économiques en tous pays du monde.

En cela, le libre-échange relève fondamentalement d’une culture économique ouverte et responsable. Son efficience suppose nécessairement le respect éthique des principes du libéralisme commercial, à savoir :

• La négociation de la diminution des tarifs douaniers et des quotas
• L’extension à tous les pays d’un accès plus large au marché et à l’OMC, grâce à la non discrimination (clause de la nation la plus favorisée)
• L’extension des zones de libre-échange (Union Européenne, Alena, Mercosur…) sans aucune restriction douanière
• Une libéralisation accrue des denrées agricoles, services, accès aux marchés publics et aux biens culturels
• Le renforcement de l’autorité de l’OMC dans le règlement des conflits commerciaux, notamment dans les mesures anti dumping

LA 3éme VOIE

L’ECONOMIE SOLIDAIRE
Entre l’économie de marché, la solidarité étatique et leur enfantement naturel représenté par l’économie sociale (secteur mutualiste et mouvement coopératif) se situe à égale distance, l’économie solidaire. Celle-ci déplace les frontières entre la sphère économique (marché) et la sphère sociale (Etat) en affirmant sa propre logique citoyenne. Une logique de micro société qui favorise la libre association des personnes autour d’un projet collectif et/ou dans la création d’activités économiques génératrices d’emplois, tout en renforçant la cohésion sociale par l’usage de principes de solidarité..

Le tiers secteur associatif représente le moteur de cette économie en différentes déclinaisons possibles : forme marchande (commerce équitable), forme non marchande (Sel, Res) et commerce éthique supervisé par des ONG. En fait, l’économie solidaire favorise l’irruption du citoyen dans les rouages de l’action économique traditionnelle en empruntant les 3 fondamentaux de l’économie, hors phénomène de “main invisible” autorégulant l’équilibre du marché, à savoir : le marché, la redistribution et la réciprocité :

• le marché est utilisé comme un lieu de rencontre entre l’offre et la demande de biens et de services aux fins d’échange sur une base contractuelle.
• la redistribution est vécue comme un principe obligé suivant lequel la production est remise à une autorité centrale chargée de la répartir en fonction de règles relatives à son prélèvement et à son affectation.
• la réciprocité est considérée comme une relation établie entre des personnes au moyen de prestations ayant pour vocation d’affirmer le lien social.

COMMERCE ET ETHIQUE
Selon François Ewald, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, “Un marché n’existe que par des hommes qui se font crédit, ont confiance les uns dans les autres. L’éthique n’est pas une fioriture du capitalisme, un supplément d’âme. Elle en est la condition de possibilité parce que seule l’éthique du capitaliste est en mesure d’engendrer la confiance”. Ce fondamental de loyauté dans les affaires n’est pas nouveau. Déjà comme l’écrivait au XVe siècle Alberti dans la Florence des drapiers : “Qu’il s’agisse de vente ou d’achat, de transactions avec des étrangers ou des amis, il faut toujours rester simple, sincère, loyal et honnête ; soyez net et précis dans toutes vos affaires.”
Largement fourvoyée par le monde des affaires (marché) et par les gouvernants (Etat), l’éthique revient en force sous la pression d’associations de consommateurs et de citoyens. Par crainte de scandale lié aux conditions de travail pratiquées chez leurs sous-traitants dans les pays du Tiers-monde (exploitation de jeunes enfants, travail forcé et discriminations, salaires de misère, usines prison, machines et produits dangereux…), certaines entreprises ont décidé d’opter pour le socialement correct (norme sociale SA 8000).

SALAIRE 40 CENTS, PRIX DE VENTE : 100 DOLLARS
L’exemple le plus connu est celui du travailleur indonésien qui touche 40 cents pour produire une paire de chaussures de sport portant le sigle d’une grande marque, alors que celle-ci est vendue 100 dollars aux Etats-Unis, soit un rapport de 1 à 250 entre le coût de main-d’œuvre et le prix de vente au consommateur gogo ! Pour preuve de leur engagement, les firmes (multinationales et distributeurs) s’engagent à prendre en compte les normes fondamentales établies par l’OIT (Organisation internationale du travail) en agissant sur des horaires respectés, des conditions décentes de travail (respect du droit humain, sécurité) et en pratiquant des salaires au minimum légal du pays. Pour valider leur attachement au respect du social, elles pratiquent en outre des audits sociaux, embauchent des “déontologues”, créent des comités d’éthique et adoptent des chartes ou des codes de bonne conduite sociale.


LA FRAGILITE DE L’ETHIQUE
Pourtant d’après Jean-Daniel Leroy, directeur du Bureau international du travail (BIT), “Les codes de conduite sont très éloignés des préoccupations réelles des entreprises. Les droits fondamentaux définis par l’OIT ne font pas partie de leurs valeurs. Elles y viennent si l’éthique représente un marché”. Cet avis critique est partagé par Jim Baker, responsable du département multinationales à la Confédération internationale des syndicats libres, qui indique que “les firmes tiennent un double langage. Elles assurent qu’elles veulent imposer le respect des droits définis par l’OIT, mais elles se précipitent dans des pays qui les interdisent, que ce soit la Chine, la Birmanie ou le Vietnam.”
Il semble pourtant que la meilleure pratique du commerce éthique soit tributaire du mieux-disant social. Une pratique déjà utilisée par certaines collectivités locales qui se réfèrent aux préconisations du nouveau code des marchés publics afin de ne sélectionner que les fournisseurs qui réalisent des efforts concrets en matière sociale.

COMMERCE EQUITABLE
Appelé également commerce alternatif ou citoyen, le commerce équitable est la seconde facette d’une même problématique en matière d’économie éthique. Il vise à établir un rapport d’échange plus juste entre les petits producteurs du Tiers-monde, les entreprises intermédiaires et les consommateurs. Lancé en 1964 par des ONG (organisation non gouvernementale) lors de la conférence des Nations-Unies pour le commerce et le développement, la notion de commerce équitable se résume dans la formule “fair trade, not aid” (du commerce juste, pas la charité).

3 grandes catégories de produits sont aujourd’hui concernées : l’alimentation (café, thé, bananes, miel, sucre, cacao, jus d’orange, riz, fleurs coupées, coton…), les vêtements et l’artisanat qu’ils soient vendus en boutique, par correspondance ou sur Internet.
L’idée centrale du commerce équitable est de favoriser une chaîne solidaire destinée à sortir du sous-développement les petits producteurs des pays du Sud, les artisans et leurs familles en leur payant par avance une partie de leur production à un cours supérieur à celui du marché (prix équitable), avec l’octroi d’un surcoût de 10 à 15% pour le consommateur final.

4 PRINCIPAUX MAILLONS
Les 4 principaux maillons dans la mise au point d’une filière équitable sont :
• Les producteurs, cultivateurs et artisans non salariés des pays sous-développés lorsqu’ils se regroupent en coopératives afin de pouvoir leur offrir des débouchés directs et constants sur le marché international, à la condition toutefois d’améliorer leurs propres conditions de vie (création d’écoles, assainissement, achat de bétail…).
• Les importateurs et centrale d’achats (Solidar’Monde, Andines, Azimut…) qui achètent directement les produits aux coopératives et approvisionnent ensuite les boutiques spécialisées (Artisans du Monde, Artisans du Soleil…).
• Les bénévoles qui assurent la gestion des magasins, la vente des produits et la sensibilisation du public aux difficultés du Tiers-monde.
• La présence d’organismes certificateurs ayant mis au point un label exigeant de qualité (Max Havelaar, Alter Eco…) ou PFCE (Plate-forme pour le commerce équitable) qui peuvent ester en justice et imposer des critères minima en matière de pratique du commerce équitable, tels que : favoriser le travail avec les plus défavorisés, le refus de l’esclavage et du travail forcé des enfants, le contrat garantissant les relations entre partenaires (prix, qualité…), les relations commerciales durables avec les producteurs, la transparence du fonctionnement à chaque étape, l’acceptation des contrôles…

CHIFFRES CLES DU COMMERCE EQUITABLE
Pour l’année 2000 :
• 3.600 points de vente
• 9,14 millions d’euros de CA
• 73% des personnes interrogées se disent influencées par un label social
• 64% souhaitent connaître les conditions de fabrication des produits
• 58% sont prêtes à payer 10% plus cher pour un produit “éthique ”
• 47% se disent prêtes à acheter si elles bénéficient d’une meilleure information sur le sujet ; d’une politique de prix plus attractive (22%) ; de la mise en place de boutiques spécialisées plus nombreuses (11%).


LE SEL, UNE IDEE ECONOMIQUE SANS CIRCULATION D’ARGENT…
Le Système d’échange local (Sel) permet d’échanger, sans l’usage d’aucun paiement monétaire habituel, des services et des biens produits par ses propres membres. Cette idée d’échanger sans argent n’est pas nouvelle puisque sa première expérimentation remonte aux années 1932 et 1933 dans une petite ville du Tyrol autrichien (Wörgl), dont le maire confronté à une forte récession économique a utilisé un système de monnaie locale à valeur “fondante” imaginé par l’économiste Sylvio Gesell, dont la particularité est qu’il se dépréciait de 1% tous les mois. Le résultat, c’est que soumis à cette contrainte de temps, l’argent s’est mis à circuler rapidement en multipliant les échanges entre les administrés tout en redressant rapidement la situation économique. Si cette expérience a pris fin après une action en justice intentée par la Banque nationale autrichienne, elle est depuis devenue un cas d’école.

Dans les années 50, ce type de système d’échanges s’est développé en France dans le Cher puis en Charente-Maritime. Le Sel est réapparu ensuite au début des années 80 à Vancouver au Canada, pour éclore ensuite à travers le Monde avec plus d’un millier de Sel référencés. Le plus important se situe actuellement en Australie et rassemble plus de 2.000 personnes.

En France, si le premier Sel est réapparu en octobre 1994 à Mirepoix en Ariège, on en décompte désormais plus de 270 regroupant entre 10.000 et 15.000 membres, ainsi que des RES (réseaux d’échange de savoirs) portant à plus de 30.000 le nombre d’adhérents.

…MAIS DES ECHANGES COMPTABILISES
Destinés principalement aux exclus, chômeurs et rmistes, l’objectif du Sel est surtout de reconstituer le tissu social et d’améliorer la situation économique de ses membres. Pour Nicole Guilloteau, cofondatrice du Sel de Paris, “Le Sel, c’est du concret, il apporte des solutions concrètes à des problèmes concrets”. Il donne en effet la possibilité d’offrir des biens et des services, notamment des formations, aux personnes qui ne peuvent y avoir accès en temps normal. Face à des situations de précarité et de marginalisation, le Sel fournit un réseau au-delà du cercle familial sans toutefois s’apparenter au troc. Il fonctionne sur la base d’échanges comptabilisés à l’aide d’une unité de compte créée par le Sel, laquelle est généralement égale à un franc, sans ne jamais pouvoir être convertible. La force du système est qu’il repose sur

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